Le nucléaire est-il bon pour la biodiversité ? - SFEN

Le nucléaire est-il bon pour la biodiversité ?

Publié le 4 octobre 2020 - Mis à jour le 23 avril 2021
Climat
Environnement
Synthèse

De par la faible emprise au sol des installations, exploiter un parc nucléaire dans la durée, puis renouveler ce parc sur les sites nucléaires existants, permet d’éviter l’immobilisation de nouveaux terrains et contribue à préserver la biodiversité.

Parce qu’elles peuvent produire beaucoup d’énergie à partir d’une surface au sol limitée, l’énergie nucléaire apporte une réponse satisfaisante à l’enjeu crucial de la préservation de la biodiversité. 

Le rapport de l’IPBES1 publié en 2019, qui est une synthèse scientifique sur l’état de la biodiversité dans le monde, estimait qu’environ 1 million d’espèces animales et végétales – soit une sur huit – risque de disparaître au cours des prochaines décennies. Parmi les principales causes, on trouve d’abord la dégradation ou la perte des habitats (extension agricole, déforestation, urbanisation, pollutions), et aussi le changement climatique, lequel a un effet accélérateur sur d’autres facteurs (ex : acidification des océans).

Les centrales nucléaires, une très faible emprise au sol

Freiner l’artificialisation des territoires est un facteur-clef pour limiter l’érosion de la biodiversité : les centrales nucléaires produisent beaucoup d’énergie avec une très faible emprise au sol. Les centrales nucléaires permettent de limiter le besoin d’artificialisation des sols, car une de leurs caractéristiques est de pouvoir fournir une quantité importante d’énergie sur une petite surface de terrain.

Ceci est rendu possible d’abord parce que leur combustible est très compact et très dense : un morceau d’uranium de la taille d’une balle de golf peut fournir les besoins énergétiques d’une personne pendant toute sa vie2. Dans un réacteur à eau pressurisée (REP), technologie utilisée dans les centrales nucléaires françaises, la densité énergétique de l’uranium, c’est-à-dire l’énergie qu’il contient par unité de volume, est 30 0003 fois supérieure à celle du charbon.

Le tableau suivant montre les ordres de grandeur des densités énergétiques des différentes sources d’énergie :


Source : BTI

30 000
La densité énergétique de l’uranium est 30 000 fois supérieure à celle du charbon

Priorité à la préservation de la biodiversité sur et autour des installations nucléaires 

Au-delà de la compacité du combustible, l’énergie nucléaire se distingue par la relative faible taille des installations : ainsi la centrale du Blayais, au bord de la Gironde, a produit en 2019, 25TWh4 (soient 2/3 des besoins annuels en électricité de la région Nouvelle-Aquitaine) sur une surface de seulement 230 hectares. Implantée au cœur d’un grand marais de 6 000 hectares, elle a permis la création d’une réserve naturelle qui accueille aujourd’hui environ 150 espèces d’oiseaux migrateurs.


Centrale nucléaire de Penly – EDF, Marc Caraveo

 

Comparaison avec les autres sources d’énergies

La comparaison entre les sources de production d’électricité est complexe, pour des raisons méthodologiques : faut-il par exemple pour l’éolien prendre la surface complète d’un champ éolien ou juste la surface d’implantation et les zones d’accès ? Pour l’hydroélectricité et le cas des barrages, la surface est très dépendante des caractéristiques du site de chaque ouvrage.

On trouve ci-dessous à titre indicatif des chiffres publiés par le think tank BTI5 :

Concernant la France, on peut dire qu’exploiter le parc nucléaire actuel dans la durée, et aussi renouveler le parc sur les sites nucléaires existants permettra d’éviter l’immobilisation de nouveaux terrains et contribuera à préserver la biodiversité.

Approfondir
Nucléaire, environnement et biodiversité en 6 points

En matière d’énergie, l’homme s’appuie principalement sur les fossiles (charbon, pétrole, gaz) qui sont la cause du dérèglement climatique et d’un impact conséquent sur la santé et la biodiversité. Les deux seules énergies bas carbone et respectueuses de l’environnement sont le nucléaire et les renouvelables. Pourquoi ?

Nucléaire et climat, indissociables

L’énergie nucléaire est reconnue par la communauté scientifique pour ses faibles émissions de gaz à effet de serre. En prenant en compte les émissions générées sur l’ensemble du cycle de vie d’une installation, le GIEC classe le nucléaire au même niveau que l’éolien, 12g CO2/ kWh sur le plan international. L’efficacité de l’énergie nucléaire à réduire les émissions est démontrée. D’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le nucléaire a permis d’éviter cinq ans d’émissions de CO2 du secteur électrique dans le monde depuis 1970.

Les centrales nucléaires, une faible emprise au sol

Les centrales nucléaires permettent de fournir une quantité importante d’énergie sur une petite surface de terrain. D’après l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), ce
sont les centrales nucléaires, avec celles à gaz et hydroélectriques, qui produisent le plus d’énergie par mètre carré sur l’ensemble de leur cycle de vie. Leur faible emprise au sol permet de prévenir la bétonisation des territoires. Cette faible emprise au sol du nucléaire est aussi considérée comme un facteur clef pour préserver la biodiversité. Soixante-cinq des plus grands experts mondiaux en biologie de la conservation ont pris position pour expliquer que le nucléaire est l’énergie la plus respectueuse de la biodiversité.

Des ressources en uranium suffisantes pour assurer notre indépendance énergétique

La sécurité d’approvisionnement de la France est assurée de la manière suivante : à court terme, EDF dispose d’un stock d’uranium en France correspondant à deux ans de
production d’électricité ; les réserves d’hydrocarbures représentent moins de six mois de notre consommation annuelle. La France réduit ses besoins en uranium naturel en recyclant
ses combustibles usés : par exemple, 10 % de notre électricité est produite à partir de matières recyclées. En cas de prix élevé de l’uranium, ce taux pourrait être porté à 20 %, voire plus. À moyen terme, la France possède, au travers d’Orano, un portefeuille de réserves en uranium représentant 30 années de consommation. Sur le long terme, les ressources connues en uranium représentent 130 ans de consommation mondiale et jusqu’à 250 ans si l’on inclut les ressources estimées.

Nucléaire et radioactivité

Partout dans le monde, les populations sont exposées en permanence à de faibles doses de radioactivité naturelle. Au voisinage d’une centrale nucléaire, la part de l’exposition à la
radioactivité liée à la centrale est très faible. L’IRSN parle « d’exposition négligeable ». La radioactivité naturelle en France est de 2,9 mSv par an par habitant ; l’impact d’une centrale
est en moyenne trois cents fois plus faible que l’exposition naturelle.

Une filière complète pour les déchets radioactifs produits en France

La France dispose d’un établissement public, l’Andra, indépendant des producteurs de déchets radioactifs, dont la mission est de gérer l’ensemble de ces déchets produits sur le
territoire. 1200 producteurs sont à l’origine des déchets radioactifs : industrie électronucléaire, laboratoires, centres de recherche, industrie, hôpitaux, etc. 90% des déchets (2 kg par habitant) sont de très faible à moyenne activité à vie courte et sont stockés dans deux centres dédiés en France. Les 10 % restants sont majoritairement les déchets de haute activité à vie longue issus du recyclage des combustibles usés. L’Andra étudie la création d’un centre de stockage adapté en profondeur (projet Cigéo), dans une formation géologique stable, capable de confiner la radioactivité de ces déchets sur de très longues échelles de temps.

Le nucléaire, un allié de l’air

À la différence des énergies fossiles, le nucléaire n’émet dans l’atmosphère ni particules fines, ni dioxyde d’azote, ni dioxyde de soufre, etc. Tous ces polluants entraînent des maladies respiratoires. Chaque année en France, 48000 personnes meurent prématurément à cause de la pollution atmosphérique. Ce problème de santé publique a un coût : 100 milliards d’euros par an 6. En 2016, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estimait à 4,2 millions le nombre de décès prématurés causés par une exposition prolongée aux particules fines.

1 Intergovernmental science policy platform for biodiversity and ecosystem services
2 Key role for nuclear energy in global diversity conservation 2014 B. Brooke C. Bradshaw
3 BTI 2013 Nuclear has one of the smallest footprint
4 EDF
5 BTI 2013 Nuclear has one of the smallest footprint
6 Synthèse de l’AIEA Juillet 2017 Utilisation des techniques nucléaires et isotopiques pour évaluer l’acidification des océans et les effets des changements climatiques

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