Surveiller l’environnement d’une installation nucléaire - SFEN

Surveiller l’environnement d’une installation nucléaire

Publié le 18 octobre 2020 - Mis à jour le 23 avril 2021
Climat
Environnement
Synthèse

Quels sont les impacts d’une installation nucléaire sur son environnement ? Comment mesure-t-on l’environnement ? Comment le public est-il informé ? La protection de l’environnement et de la biodiversité fait partie intégrante des obligations de tout exploitant nucléaire.

La protection de l’environnement et de la biodiversité fait partie intégrante des obligations de tout exploitant nucléaire sur toute la durée de vie, en amont et en aval de l’installation. Une réglementation très stricte encadre les rejets, qu’ils soient liquides ou gazeux. L’autorité de sûreté nucléaire (ASN) et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) contrôlent les résultats d’analyses des exploitants. Des contrôles contradictoires peuvent être réalisés par des acteurs tiers et/ou des autorités.

Le nucléaire, une énergie avec un très faible impact environnemental

Comme toute activité industrielle, les installations nucléaires rejettent des éléments dans la nature. Etroitement tracés, contrôlés, surveillés, ces rejets sont très limités et tout est mis en œuvre pour que leur impact sur l’environnement soit quasi nul.

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Nombre de points de prélèvement d’échantillons suivis par l’IRSN pour surveiller la radioactivité en France (terrestre, aquatique, atmosphérique)

Ces rejets sont de différentes natures.

Les rejets radioactifs : toute installation nucléaire en France, comme dans le monde, dispose d’autorisations de rejets radioactifs, mais très réglementés et faibles. Ces rejets peuvent être sous forme gazeuse ou liquide. Ils proviennent par exemple des circuits d’épuration et de filtration d’une centrale nucléaire, collectant une partie des éléments radioactifs engendrés par le fonctionnement de l’installation (tritium, carbone 14, iode, autres produits de fission ou d’activation, gaz rares, etc.). Triés selon leur niveau de radioactivité et leur composition chimique, ces éléments sont stockés, triés, et/ou rejetés sous forme liquide ou gazeuse. La réglementation fixe à l’exploitant des seuils à ne pas dépasser pour chaque radioélément et pour chaque nature de rejet (liquide ou gazeux) de manière à écarter tout risque d’augmentation significative de la radioactivité naturelle de l’environnement. Dans la pratique, les rejets des centrales sont très largement inférieurs aux seuils réglementaires, comme sur l’ensemble des installations nucléaires en France.

Les rejets thermiques : l’eau qui alimente le circuit de refroidissement des réacteurs est échauffée de dixièmes à quelques degrés lorsqu’elle est rejetée dans le fleuve ou dans la mer. L’augmentation de la température du milieu aquatique qui en résulte est mesurée en permanence et ne doit pas dépasser les limites réglementaires. Les études menées depuis plusieurs dizaines d’année en France montrent que les effets des rejets thermiques sur la flore et la faune sont négligeables et que l’équilibre de l’écosystème aquatique à proximité des centrales n’est pas modifié.

Les rejets chimiques : l’eau utilisée pour refroidir une centrale nucléaire doit subir différents traitements (déminéralisation, chloration) qui donnent lieu à des rejets chimiques, principalement du sodium, des chlorures et des sulfates. Ces rejets sont rigoureusement limités et contrôlés. C’est aussi le cas pour par exemple, des installations de traitement de combustibles usés, à Orano La Hague, qui utilise aussi des produits chimiques. Mais là encore, la réglementation en matière de rejets est extrêmement stricte.

Quid des prélèvements d’eau ? L’eau nécessaire au refroidissement des centrales nucléaires est directement prélevée dans la mer ou les cours d’eau. Le volume de ces prélèvements est réglementé et contrôlé. Contrairement aux idées reçues, une centrale consomme très peu d’eau. En effet, 97,5 % de l’eau prélevée est restituée à l’environnement, évaporée ou retournée dans le milieu initial.

Les centrales implantées en bord de mer ou sur des fleuves à gros débit fonctionnent en circuit ouvert : l’eau, prélevée à raison de 38 à 61 m3/s, est intégralement restituée au milieu aquatique, réchauffée de quelques degrés. Lorsque le fleuve n’a pas un débit suffisant ou s’il y a plusieurs centrales rapprochées le long d’un même cours d’eau, les installations sont équipées de tours aéroréfrigérantes (on parle de circuit fermé). La quantité d’eau prélevée est alors de l’ordre de 2 m3/seconde.

Un cadre législatif et réglementaire des Installations nucléaires de base (INB)

L’exploitation d’une installation nucléaire est régie, en France, par un cadre réglementaire rigoureux qui intègre la mesure et la surveillance de son impact sur l’environnement. Ce cadre législatif et réglementaire des INB est défini par la loi n° 2006-686 du 13 juin 2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire, dite loi TSN, dont les principales dispositions ont été codifiées dans le code de l’environnement par l’ordonnance du n° 2012-6 du 5 janvier 2012, ainsi que le décret n° 2007-1557 du 2 novembre 2007 relatif aux installations nucléaires de bases et au contrôle, en matière de sûreté nucléaire, du transport de substances radioactives. Ils constituent le cadre législatif et réglementaire des INB.

Les rejets et les prélèvements sont ainsi limités à des niveaux ne présentant pas de risque pour la santé des personnes et la protection de l’environnement. Ces prescriptions générales sont complétées par des décisions spécifiques à chaque installation. Sont concernés les exploitants d’installations nucléaire, les pouvoirs publics et les laboratoires indépendants agréés.

 

Un point 0 avant la construction de chaque installation
Une étude d’impact est menée pour évaluer ses effets possibles sur l’environnement. Un « état zéro » établit en outre l’état radiologique du site avant le démarrage de l’installation.

Pendant la phase d’exploitation de l’installation
Des mesures et des contrôles sont effectués en permanence par l’exploitant : contrôle des effluents gazeux à la sortie des cheminées, contrôle des effluents liquides avant et après rejet, détection en continu de la radioactivité ambiante et des poussières atmosphériques, surveillance mensuelle des eaux souterraines et eaux de pluie, prélèvements et analyse d’échantillons de la faune, de la flore et des productions agricoles (lait, céréales). Chaque année, chaque installation nucléaire effectue ainsi près de 20 000 mesures de surveillance de l’environnement.

Les résultats de ces mesures, en continu, quotidiennes, hebdomadaires ou mensuelles sont consignés dans des registres réglementaires que l’exploitant nucléaire transmet chaque mois à l’ASN. Celle-ci effectue en outre des inspections régulières pour vérifier la conformité du dispositif mis en place par l’exploitant avec les prescriptions réglementaires.

Toutes les installations nucléaires sont concernées
Ces dispositions réglementaires concernent les centrales nucléaires mais aussi l’ensemble des installations du cycle du combustible : extraction du minerai, enrichissement de l’uranium, fabrication et assemblage du combustible, traitement et stockage des déchets. Ainsi, pour l’exploitation de ses mines d’uranium au Canada, en Mongolie ou au Niger, Orano Mining, utilise des techniques spécifiques afin d’extraire le minerai tout en préservant l’environnement. De même, le stockage des déchets radioactifs se fait dans des installations conçues de manière à éviter tout risque pour la santé et pour l’environnement.

Une information du public en toute transparence
La loi TSN garantit le droit du public à une information fiable et accessible en matière de sûreté nucléaire et radioprotection.

Toute modification des limites de rejets et de prélèvement spécifiques à une installation est ainsi soumise à enquête publique.

Les installations doivent par ailleurs mettre la disposition du public les informations relatives aux prélèvements d’eau, aux rejets et à la surveillance de l’environnement. Chaque installation dispose ainsi de son propre centre d’information du public. De même, chaque installation nucléaire réalise annuellement un rapport complet sur la surveillance de l’environnement (appelé rapport TSN). Ce document est mis à la disposition de la Commission Locale d’Information (CLI), des pouvoirs publics et du public et est disponible via les sites internet de chaque exploitant.

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