Retour sur l’allocution de Jacques Chirac à la Conférence nucléaire européenne organisée par la SFEN en 1975 - Sfen

Retour sur l’allocution de Jacques Chirac à la Conférence nucléaire européenne organisée par la SFEN en 1975

Publié le 6 décembre 2019 - Mis à jour le 28 septembre 2021
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© DR – Jacques Chirac, en 1975, à la tribune de la première Conférence nucléaire européenne. 

 

Une archive historique de la RGN. Jeudi 26 septembre 2019, la France a appris la disparition de l’ancien président de la République Jacques Chirac, après une longue et riche carrière politique. En avril 1975, Jacques Chirac, alors Premier ministre, s’exprimait à la tribune de la première Conférence nucléaire européenne. 

L’intégralité de son discours a été retranscrite dans la RGN d’avril-mai-juin 1975. Nous en publions ici les principaux éléments, qui demeurent profondément d’actualité dans leur philosophie générale.

« Tous les pays doivent faire face au défi énergétique. Ils doivent, pour y répondre, se concerter. La hausse brutale et massive des prix du pétrole à la fin de 1973 (date du premier choc pétrolier, qui sera suivi par un second six ans plus tard, ndlr) a en effet atteint la plupart des pays consommateurs, dans une période où la situation économique internationale se détériorait du fait de tensions inflationnistes croissantes. Cette hausse a donc eu de graves conséquences sur les économies de ces pays. Elle a notamment entrainé d’importants déséquilibres de leurs balances commerciales. Tout conduit à penser que cette crise sera durable. Non qu’il y ait, en l’état présent des choses un risque véritable de pénurie, mais parce que l’univers après une période de facilité et donc de gaspillage de matières premières, est désormais entré dans une époque d’énergie chère, donc précieuse. Dans cette conjoncture, les gouvernements ne peuvent se contenter de recettes disparates ou de mesures provisoires. Il leur incombe de définir une véritable politique d’ensemble, qui tiendra compte des nouvelles données sur lesquelles devra se fonder notre croissance future. Une telle politique doit tendre tout d’abord à modifier les comportements des consommateurs, afin d’économiser la plus grande quantité possible d’énergie. Elle doit aussi assurer une moindre dépendance énergétique vis-à-vis des importations. Cela implique que soient systématiquement recherchées et développées de nouvelles sources d’approvisionnement sûres, nationales, compétitives en matière de prix. L’énergie nucléaire répond à ces trois conditions. C’est pourquoi elle offre, à l’heure présente, les possibilités les plus concrètes de répondre aux besoins des sociétés.

(…)

Si les événements qui se sont produits à la fin de 1973 ont eu un aspect positif, c’est celui d’avoir fait prendre conscience à l’opinion, en dehors des cercles familiers avec ces problèmes, que le maintien de la production de l’énergie nécessaire à notre vie quotidienne, au travail de nos industries et au développement de notre agriculture n’allait pas de soi. L’effort technique et industriel, que nécessite la fourniture des quantités d’énergie en cause, concerne chaque citoyen, puisqu’aussi bien son interruption ou son ralentissement remettrait en cause les bases mêmes de notre activité économique et de notre vie sociale. Diverses sources d’énergie, classiques ou nouvelles, devront, dans ces circonstances, être développées. Nous n’en négligerons aucune et surtout pas celles qui, à échéance de vingt ou trente ans, peuvent paraître les plus prometteuses. Mais dans l’immédiat, je veux dire pour les dix ans qui viennent, l’énergie nucléaire est une des principales réponses à notre besoin d’énergie. L’industrie nucléaire doit donc en Europe tenir désormais sa place à côté des autres sources d’énergie, pour assurer une plus grande sécurité de l’approvisionnement global.

(…)

Il s’agira en particulier d’assurer dans les meilleures conditions la sécurité de l’approvisionnement en combustible de notre pays. Il s’agira aussi, par un effort marqué de recherche, de substituer peu à peu aux techniques actuelles, des techniques plus performantes encore, allant dans le sens de l’économie de la matière de base: l’uranium. Il s’agira de promouvoir les usages non électrogènes de l’énergie nucléaire et de façon générale de mieux assurer la récupération des calories rejetées. Il s’agira enfin de faire mieux comprendre à l’opinion publique les raisons qui conduisent nos pays à utiliser l’énergie nucléaire.

(…)

Si de tous temps le développement de nouvelles machines a pu donner lieu à des bruits alarmistes, la diversité de ce que recouvre le nucléaire explique sans doute aujourd’hui l’amalgame fait parfois entre des risques de nature fort différente. Il vous appartient de clarifier les choses au cours de vos débats, en distinguant les appréhensions injustifiées des vraies questions. (…) Désormais l’intérêt légitime du public pour ces affaires conduit à un problème de communication. Il convient donc d’ouvrir très largement le dossier.

(…)

Les Pouvoirs publics sont conscients de leur responsabilité propre à cet égard. (…) Il nous paraît, en effet, essentiel que les choix énergétiques soient compris de l’ensemble des citoyens, auxquels sont demandés certains sacrifices en vue d’une nécessité commune. Qu’il s’agisse d’économie d’énergie ou de taux de croissance, les objectifs n’ont de sens que si les citoyens les comprennent et savent que leur réalisation dépend de l’action quotidienne de chacun. C’est pourquoi il est important que l’enjeu des débats en cours soit bien compris: sur le plan de l’environnement, de la sécurité, de l’identification des besoins et des équilibres énergétiques de demain vos travaux devraient viser à un approfondissement et une clarification des données mises à la portée de tous.

(…)

Si chaque source d’énergie, en effet, a ses défauts, la plus grande faute à la solidarité sociale serait alors de les écarter sans discernement, puisqu’aussi bien, il est possible, au prix d’un effort commun, de les maîtriser ».


 
Dates clés de la filière nucléaire française dans les années 1970
 
Mars 1974 Plan Messmer ou lancement d’un programme « massif » nucléaire civil français, prévoyant le renouvellement du parc électronucléaire et la construction des équipements couvrant le cycle du combustible, en amont et en aval, assorti d’une politique d’économie d’énergie.
1974  Début de construction des réacteurs Tricastin 1 & 2, Bugey 4 & 5
1975  Début de construction des réacteurs Tricastin 3 & 4, Gravelines 1, 2 & 3, Dampierre 1, 2, 3 & 4
1976  Début de construction des réacteurs : Gravelines 4, Saint-Laurent B1 & B2, ect.
1979  Démarrage de l’usine Eurodif Production destinée à l’enrichissement de l’uranium
1980  Décret d’utilité publique pour conduire des travaux d’extention de l’usine de traitement à Orano la Hague dont le projet de la nouvelle unité (UP3). Période dite de Grand chantier. À noter que la filière nucléaire anticipait déjà la gestion de ses déchets, avec l’ouverture du premier centre de stockage de surface dédié aux déchets de faible et moyenne activité à vie courte. C’était en 1969. 
 


Par la rédaction

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