Chooz A : vitrine de la déconstruction des réacteurs à eau pressurisée - Sfen

Chooz A : vitrine de la déconstruction des réacteurs à eau pressurisée

Publié le 5 mai 2017 - Mis à jour le 28 septembre 2021
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C’est dans les Ardennes, à trois kilomètres de la frontière belge, qu’EDF organise la déconstruction du premier réacteur à eau pressurisée de France, Chooz A. Vitrine du savoir-faire français, ce chantier est la meilleure réponse aux doutes sur la faisabilité technique et financière des projets de démantèlement.

Fruit d’une collaboration franco-belge [1], la centrale de Chooz A a été construite dans les années 1960 à flanc de colline, à une époque où la France exploitait de nombreuses mines de charbon et de fer. Pour offrir un confinement naturel à l’installation, ses concepteurs ont décidé de placer le réacteur et ses auxiliaires (pompes, échangeurs et circuits de refroidissement) dans deux cavernes rocheuses. L’originalité de ce design en fait aujourd’hui sa complexité.

Dans l’impossibilité de « pousser les murs », les équipes du chantier ont appris à évoluer dans un environnement exigu et ont dû faire preuve d’imagination.

Déconstruire en mode « Everest »

Avec un an d’avance sur le planning initial, EDF et ses partenaires démontrent leur maîtrise technique, et leur capacité à tenir les devis et les délais. Sur le plan de la sécurité, le maître d’œuvre (EDF) prouve qu’il est possible, dans un environnement contraint marqué par une forte coactivité, de mener un chantier d’envergure sans incident [2].

Chooz A ambitionne de déconstruire en mode « Everest » (Evoluer VERs une Entrée Sans Tenue universelle). Actuellement testé, le déploiement de ce mode permettrait aux professionnels d’évoluer dans un environnement radiologiquement propre. « Si le test est concluant, cela nous permettrait d’accéder au site avec notre tenue sans revêtir la tenue blanche, de faire des sauts de zones pour les déchets et in fine de déconstruire plus vite » précise Guilhem Le Roy, chef du chantier.

« Construire » pour mieux « déconstruire »

Sur le chantier, les professionnels préfèrent la notion de « déconstruction » à celle de « démantèlement ». « On ne casse pas, on déconstruit » résume Guilhem Le Roy. La particularité de ce type de chantier est qu’il faut parfois commencer par construire de nouveaux équipements, éphémères, pour déconstruire les anciens.

Entre 2007 et 2009, un nouveau système de ventilation a été mis en place permettant d’engager les premières étapes de déconstruction. D’autres installations ont vu le jour comme le parking et les équipements de levage.


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Chooz A : vitrine de la déconstruction des réacteurs à eau pressurisée

Évacuer le combustible nucléaire et déconstruire le circuit primaire

En 1993, deux ans après l’arrêt de la centrale, EDF a sorti le combustible, permettant ainsi d’évacuer la quasi-totalité de la radioactivité du site (99 %). Suite à cette étape, les circuits ont été vidangés, la salle des machines, la station de pompage et les bâtiments nucléaires situés à l’extérieur de la colline ont été déconstruits, et les sols assainis. En 2012, EDF a achevé le démantèlement de la caverne des auxiliaires (pompes, échangeurs, circuits de refroidissement) et du circuit primaire de la caverne du réacteur. Cette phase du chantier a connu plusieurs étapes avec notamment l’extraction des quatre générateurs de vapeur (et non trois comme dans les réacteurs du parc actuel). Chacune de ces pièces (hautes de 14 mètres et lourdes de 110 tonnes) a été soulevée, couchée, puis extraite. Tout cela dans un environnement étroit. En répétant quatre fois cette manoeuvre, les équipes ont acquis de l’expérience, ce qui leur a permis de l’exécuter plus rapidement : 7 jours ont été nécessaires pour évacuer le premier « GV », 4 heures auront suffi pour sortir le dernier.

 
Chooz A en chiffres
1er réacteur à eau sous pression
Exploité de 1967 à 1991
100 professionnels interviennent sur le chantier, dont 20 EDF
2007 : autorisation de démantèlement
2017 : premières édcoupes de la cuve et de ses équipements internes
2022 : fin du chantier
 

Démanteler la cuve

Le 8 mars, le couvercle de la cuve (50 tonnes) a été soulevé. Cette opération s’est déroulée en 24 h. Un succès après 7 années de préparation. « C’est une étape essentielle, sensible et surtout unique, souligne Guilhem Le Roy. Cela fait 25 ans que la cuve est fermée. » Pour Sébastien Albertini, chef du projet déconstruction basé à Lyon, « ouvrir une cuve, ce n’est pas nouveau pour EDF, cela se fait déjà lors des arrêts de tranche pour recharger le combustible. En revanche, c’est la première fois que nous utilisons ces process pour déconstruire en France. » Le même jour, la piscine a été remplie de 1 000 m3 d’eau. Cette dernière agit comme une barrière radiologique protégeant les intervenants et leur permettant d’engager les opérations de découpe de la cuve via un robot télé-opéré. La soeur de Chooz est espagnole, la centrale de Zorita. Sa cuve a été démantelée l’an dernier. « Ce sont les mêmes équipes, outils et process à Chooz », explique Guilhem Le Roy.

Standardiser le savoir-faire

Chooz A est le réacteur à eau pressurisé le plus représentatif du parc nucléaire actuel. « L’enjeu sera de standardiser et d’optimiser ce type d’opération dont le scenario bénéficiera au démantèlement futur des centrales aujourd’hui en exploitation » souligne Guilhem Le Roy. Comme lors de la construction du parc, des effets de série sont à attendre sur un parc de même technologie, puisqu’une large part des études et des robots et outillages peuvent être réutilisés d’un chantier à l’autre. Les professionnels sont confiants et le succès du chantier de Chooz A conforte leur optimisme. La fin du chantier est prévue pour 2022, soit 15 ans après l’obtention du décret autorisant le démantèlement.


Société d’énergie nucléaire franco-belge des Ardennes (SENA) dont les actionnaires

étaient EDF et les producteurs belges d’électricité regroupés dans « Centre et Sud ».

Depuis deux ans, le chantier n’a enregistré aucun incident.


Par Boris Le Ngoc

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