États-Unis : nucléaire, transition énergétique et politique sociale - Sfen

États-Unis : nucléaire, transition énergétique et politique sociale

Publié le 23 novembre 2021 - Mis à jour le 24 novembre 2021

La signature du Président américain Joe Biden a donné l’ultime validation du projet de loi Infrastructure Investment and Jobs Act (IIJA)[1]. Il s’agit d’un investissement important dans des industries destinées à améliorer le quotidien des Américains. Le projet incarne une vision de la transition énergétique qui n’oppose pas les énergies bas carbone entre elles et qui lutte aussi bien contre les émissions de CO2 que la pollution de l’air.

« La Chambre des représentants des États-Unis a adopté l’Infrastructure Investment and Jobs Act, un projet de loi bipartisan, unique en son genre, qui créera des millions d’emplois, transformera la crise climatique en opportunité et nous mettra sur la voie de la victoire dans la compétition économique du 21e siècle », a déclaré[2] Joe Biden le 6 novembre 2021. Le programme de l’administration Biden dépeint un projet de société alliant les luttes contre le réchauffement climatique et les inégalités en développant les énergies propres (clean energy), le nucléaire et renouvelables, et en renforçant l’efficacité énergétique des logements. Les Démocrates visent une électricité totalement décarbonée en 2035 et la création d’1,5 million d’emplois par an pour atteindre le plein emploi d’ici la fin du mandat présidentiel.

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Maintenir un socle bas carbone pilotable

Le Département de l’énergie (DOE)[3] annonce des investissements importants pour sécuriser les capacités de production hydrauliques et nucléaires qui représentent respectivement 7,3 % et 19,7 % du mix électrique du pays (2020[4]). Pour rappel, la part du gaz dans la production électrique est de 40 % et celle du charbon de 20 %.

Le Civilian Nuclear Credit program (de l’Infrastructure Investment and Jobs Act) comprend un budget de 6 milliards de dollars destiné à éviter les fermetures prématurées des centrales nucléaires qui remplissent tous les critères de sûreté selon l’Autorité de sûreté nucléaire américaine (NRC). Il s’agit d’éviter un nouveau « Indian Point ». Pour rappel, les deux unités de la centrale nucléaire d’Indian Point, situées au nord de New-York, ont respectivement fermé en 2020 et en 2021 pour des raisons économiques. En cause, la pression de « groupes environnementaux », qui a débouché en 2016 sur l’exclusion de la centrale du dispositif New-Yorkais de « crédits zéro émission » (ZEC)[5].

Aux États-Unis, où le marché de l’électricité est dérégulé et dépourvu de taxe carbone, les centrales à gaz profitent d’un avantage économique sur les centrales nucléaires. En septembre 2021, soit quelques mois après la fermeture d’Indian Point-3, les centrales nucléaires de l’Etat de l’Illinois étaient également menacées[6]. Néanmoins, grâce à une mobilisation importante des responsables politiques de l’Etat plusieurs unités ont été sauvées in-extremis de la fermeture[7].

Concernant l’hydraulique, un investissement de 700 millions de dollars vise à « optimiser, sécuriser, réduire l’impact environnemental » de ces moyens de production. La nouvelle loi et les dispositifs mis en place au niveau des États vont permettre de maintenir et de prolonger l’exploitation du parc historique américain et ainsi de maintenir un socle pilotable et bas carbone sur l’ensemble du territoire.

Soutenir l’effort de R&D

Afin d’accélérer l’innovation de rupture le plan prévoit un fond de 21,5 milliards de dollars pour le développement et la recherche « de la prochaine génération de technologies ». Ce total comprend 8 milliards pour le développement de l’hydrogène bas carbone, 10 milliards pour les technologies de capture du carbone, 2,5 milliards supplémentaires pour le programme de démonstration des réacteurs nucléaires avancés (ARDP[8]) et 1 milliard pour développer des projets en zone rurale.

Une politique sociale : emploi et santé

Le programme, en plus d’associer nucléaire et renouvelables sous l’appellation « clean energy », relie les luttes contre le réchauffement climatique et contre les inégalités notamment face à la pollution. Le département de l’énergie (DOE) souligne que la production d’une électricité décarbonée « limitera la pollution qui impacte de manière inégale les plus défavorisées. […] Un air plus propre aura des impacts bénéfiques sur la santé et sur les dépenses de santé ». L’école bénéficie également de 500 millions de dollars pour améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments et pour électrifier les bus scolaires et ainsi limité l’exposition aux particules fines des jeunes américains.

L’Infrastructure Deal alloue 3,5 milliards de dollar pour le Weatherization Assistance Program (WAP). Ce dernier consiste à soutenir les foyers les plus modestes en soutenant financièrement la réalisation de travaux d’isolation, l’achat d’éclairages ou d’appareils plus performants énergétiquement. Il vise également à assurer la salubrité et la sûreté des logements. Apparu dans les années 1970, ce programme bénéficie à 35 000 foyers par an selon le DOE[9].

Enfin, ces milliards investis vont permettre de maintenir des emplois, notamment dans le nucléaire, et de créer de nouveau emploi pour favoriser la transition énergétique. Le soutien à la filière nucléaire va permettre de conserver les plus de 100 000 emplois directs, un chiffre qui monte à 450 000 avec les emplois indirects et induits, dont la rémunération est en moyenne 50 % plus importante que dans les autres moyens de production d’électricité[10]. Les nouvelles activités mentionnées concernent principalement le développement et le recyclage des batteries, le développement de l’hydrogène et du réseau électrique. Afin de favoriser la reconversion économique des territoires dépendants du charbon, un fond de 750 millions de dollars est destiné à soutenir l’implantation de ces nouvelles activités sur ces territoires.

[1] Également appelé Bipartisan Infrastructure Deal

[2] https://www.whitehouse.gov/briefing-room/statements-releases/2021/11/06/statement-by-president-joe-biden-on-the-house-passage-of-the-bipartisan-infrastructure-investment-and-jobs-act/

[3] https://www.energy.gov/articles/doe-fact-sheet-bipartisan-infrastructure-deal-will-deliver-american-workers-families-and-0

[4] https://www.eia.gov/tools/faqs/faq.php?id=427&t=3

[5] https://new.sfen.org/rgn/fermeture-indian-point-exemple/

[6] https://new.sfen.org/rgn/illinois-rescousse-centrales-nucleaires/

[7] https://new.sfen.org/rgn/fermeture-indian-point-exemple

[8] Advanced Reactor Demonstration Program, consultez l’article de notre dossier RGN.

[9] https://www.energy.gov/eere/wap/whole-house-weatherization

[10] https://www.nei.org/advantages/jobs

Gaïc Le Gros (Sfen) – Crédit photo © Gage Skidmore