L’Université des métiers du nucléaire (UMN) : coordonner, fédérer, simplifier - Sfen

L’Université des métiers du nucléaire (UMN) : coordonner, fédérer, simplifier

Publié le 16 novembre 2021 - Mis à jour le 21 novembre 2021

C’est dans le cadre du plan excell porté par EDF et les industriels de la filière nucléaire, visant à retrouver le plus haut niveau de rigueur, de qualité et d’excellence, que le projet de création d’une Université des métiers du nucléaire (UMN) a été annoncé en décembre 2019. Créée sous forme d’une association loi 1901 le 27 avril 2021, l’UMN est un projet structurant pour la valorisation et le déploiement des compétences. Il figure au cœur du contrat de filière actualisé mi-avril 2021 à l’occasion du plan de relance.

Coordonner l’existant, pallier aux manques

La filière nucléaire française, ce sont 220 000 emplois, 3 200 entreprises dont 85 % de TPE/ PMI/PME. Ce sont près de 30 000 salariés recrutés sur la période 2015-2018 et plus de 20 000 recrutements envisagés sur la période 2020-2023 (enquête CSFN, 2019). Mais comme dans d’autres secteurs, les industriels du nucléaire rencontrent des difficultés à recruter dans certains métiers en tension – électricien industriel, soudeur, chaudronnier, tuyauteur, mécanicien machine tournante. Ces difficultés s’expliquent par le nombre insuffisant de personnes diplômées issues des cursus de formation au regard de la demande, par le manque de cursus correspondant à certains besoins, par l’existence d’un environnement de travail parfois difficile (déplacements, périodes de chantier, etc.), par la concurrence d’autres secteurs industriels pouvant pénaliser l’attractivité de la filière. Pour faire le clair sur ces différents éléments, une analyse complémentaire est en cours dans le cadre de l’EDEC1 nucléaire.

« Si des voies de progrès demeurent, il existe déjà des informations sur les métiers et une offre de formations non négligeable pour répondre aux besoins de compétences de la filière », tempère Élisabeth Terrail, présidente de l’UMN et responsable du projet compétences nucléaires à la DRH du groupe EDF. « Mais ces informations sont dispersées et il apparaît difficile d’avoir une vision globale des besoins, des priorités et des possibilités de parcours pour les candidats potentiels, jeunes en recherche d’orientation, personnes en reconversion ou salariés de la filière ». Sur ce point, de bonnes pratiques existent déjà dans certaines régions avec des partenariats qui fonctionnent bien entre le monde éducatif, celui de la formation professionnelle, les entreprises et leurs fédérations, et les pouvoirs publics. Mais les modes de fonctionnement sont encore trop hétérogènes d’une région à une autre et auraient tout à gagner à être mieux partagés et capitalisés. D’autres industries, notamment navale et aéronautique, ont mis en place des dispositifs spécifiques équivalents qui ont contribué à alimenter la réflexion de la filière nucléaire.

« Il ne s’agit pas, avec l’UMN, de créer un nouvel organisme de formation mais de faciliter la lecture et la cohérence d’ensemble des formations existantes [et] d’identifier les manques » Élisabeth Terrail, présidente de l’UMN

C’est de ce constat qu’est née l’UMN au printemps 2021. Elle réunit aujourd’hui douze membres fondateurs2, des industriels de la filière mais aussi des partenaires du monde de la formation et de l’emploi présents sur les territoires comme l’Union des industries et métiers de la métallurgie, l’Union française de l’électricité, France industrie, et Pôle emploi. Cette gouvernance a pour objectif de continuer à s’enrichir au-delà du seul périmètre industriel en lien avec les territoires.

Élisabeth Terrail veut insister sur le fait qu’« il ne s’agit pas, avec l’UMN, de créer un nouvel organisme de formation mais de faciliter la lecture et la cohérence d’ensemble des formations existantes, d’identifier les manques et les priorités afin d’apporter des réponses concrètes en impliquant les acteurs-clés des territoires, industriels, professionnels de la formation et de l’emploi. Ces trois dimensions sont essentielles et c’est ensemble qu’il faut pouvoir les mobiliser au plus près du terrain, afin de relever le défi de nos projets ».

« Mode projet » et ambitions pour 2021

Une équipe projet a été mise en place dès la fin 2020, réunissant représentants des grands donneurs d’ordre, Associations régionales de prestataires (ARP) et PME. Depuis lors, elle se réunit deux fois par mois, avec un engagement de chacun qu’Élisabeth Terrail qualifie « d’exceptionnel, car elle s’est constituée à distance dans le contexte épidémique que l’on sait ». Ce fonctionnement en mode agile a permis d’accompagner les étapes de la création de l’UMN et de poursuivre aujourd’hui la déclinaison de la feuille de route 2021, inscrite dans l’avenant au contrat de la filière et en tenant compte des orientations du conseil d’administration de l’UMN. Les axes de travail suivants ont été retenus :

appuyer la création de nouveaux lieux ou cursus de formation et le déploiement de modalités pédagogiques innovantes ciblées sur des métiers particulièrement sensibles tels que le soudage et l’usinage ;
accompagner la dynamique des projets locaux, comme par exemple les projets de « campus régionaux » et les initiatives des entreprises destinées au maintien et au développement de compétences critiques pour la filière ;
mettre en place un dispositif de bourses d’étude pour des élèves en formation initiale Bac pro, Bac + 2 et CAP, pour améliorer l’attractivité des métiers en tension vis-à-vis des jeunes sur tout le territoire, en valorisant les profils d’excellence ;
réfléchir à la labellisation des formations répondant à des besoins sur des métiers en tension.

Les premières réalisations

Parallèlement aux missions de l’UMN, un Appel à projets (AAP) a été lancé dans le cadre du plan de relance pour accompagner des actions ciblées sur les métiers sensibles, des projets locaux et des initiatives entrepreneuriales. L’UMN a ainsi été sollicitée par le Comité stratégique de la filière nucléaire (CSFN) pour instruire les dossiers conçus par les entreprises et faire des préconisations en amont du dépôt à la Bpifrance (Banque publique d’investissement). Une task-force dédiée s’est mise en place avec des représentants de l’équipe projet et du conseil d’administration. L’AAP s’est déroulé en deux étapes de relève, en juin et septembre. Cinquante-trois dossiers ont été instruits par l’UMN qui veillera à leur mise en oeuvre. S’agissant de la proposition d’un système de bourse d’étude permettant de financer des formations pour recruter des jeunes prioritairement sur des métiers en tension et ainsi améliorer l’attractivité de ces formations, une première étape de déploiement est prévue en 2021, avec l’objectif d’une montée en puissance du dispositif en 2022 et 2023. Enfin, pour rendre visibles toutes ces formations et aider prioritairement les jeunes en recherche d’orientation, les personnes en reconversion, les demandeurs d’emplois, les salariés de la filière qui souhaitent évoluer mais aussi les entreprises, un portail web des métiers et des formations est en cours de création. « Le développement a été initié en septembre 2021 avec l’appui de l’OPCO2i3. Notre objectif est de pouvoir le lancer début 2022 en mettant en valeur certains métiers et formations, des témoignages, etc. Le site s’enrichira dans la durée au service de l’attractivité de la filière ».


  1. EDEC : accord-cadre Engagement développement de l’emploi et des compétences signe pour deux ans en mars 2021 entre l’Etat, le GIFEN et deux branches professionnelles (UIMM et IEG).
  2. CSFN, GIFEN, EDF, CEA, Orano, Framatome, Andra, Nuclear Valley, UIMM, Pole emploi, France industrie, Union française de l’électricité.
  1. Operateur de compétences interindustriel et formations. L’OPCO2i a pour mission d’aider les entreprises à faire les démarches administratives, à les soutenir financièrement en vue de former des jeunes dans le cadre d’un contrat en alternance (contrat d’apprentissage ou contrat de professionnalisation).

Par la rédaction, Sfen  – Photo © EDF/Marc Caraveo