Le nucléaire doit accélérer pour répondre à l’urgence climatique, selon l’AIE - Sfen

Le nucléaire doit accélérer pour répondre à l’urgence climatique, selon l’AIE

Publié le 19 octobre 2021 - Mis à jour le 5 novembre 2021
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A moins de deux semaines de l’ouverture de la COP26 sur le climat, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) publie son nouveau World Energy Outlook. Il se veut être un guide pour atteindre un monde zéro émission en 2050. Si les renouvelables y contribuent massivement, le nucléaire est appelé à accélérer en matière de construction et d’innovation pour rendre cet objectif atteignable.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a publié le 13 octobre son rapport annuel de référence : le World Energy Outlook (WEO). Un document de poids à quelques semaines de la COP26 qui se déroulera du 31 octobre au 12 novembre à Glasgow en Ecosse. Les Etats doivent y notifier de nouveaux engagements sur leurs émissions de CO2. Dans cette perspective, l’AIE donne une voie à suivre en publiant plusieurs scénarios dont le NZE (Net Zero Emissions) qui vise la neutralité carbone du secteur énergétique en 2050.

Si les énergies renouvelables et le contrôle des fuites de méthane sont clés, le rôle du nucléaire est également mis en avant afin « d’accélérer la transition mondiale vers une énergie propre », comme l’appel de ses vœux Fatih Birol, Directeur de l’AIE. Les auteurs du rapport appellent, dans leur scénario NZE, a des efforts plus importants pour prolonger l’exploitation sûre des réacteurs existants et accélérer la construction des nouvelles tranches. Le rapport envisage, à ces conditions, une hausse de la production de 15 % de l’électricité d’origine nucléaire dès 2030.

Accroissement de la capacité nucléaire selon les trois scénarios de l’AIE. Steps : tendance actuelle – APS : selon les engagements climat des pays – NZE : Net Zero Emission

 
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Des filières bien en place

La capacité du nucléaire à répondre à l’urgence climatique est questionnée, en raison de ses longs temps de construction. Selon l’Agence, un effort a été fait en passant d’une croissance annuelle de la puissance installée de 7GW entre 2016 et 2020, à 23 GW en 2030 selon la tendance actuelle. Cependant, dans le scenario NZE, il faudrait atteindre une croissance de 33GW en 2030.

Pour y parvenir, l’AIE souligne l’importance de filières industrielles en ordre de marche. « L’expansion de l’énergie nucléaire est largement déterminée par les près de 60 GW de capacités en construction dans 19 pays au début 2021 », écrivent les auteurs. « La Chine, la Russie et la Corée ont construit avec succès de nombreux projets récents en cinq à sept ans, il est donc possible que certains réacteurs supplémentaires dont la construction commencera avant 2025 soit achevée d’ici 2030 ».

Accélérer l’innovation

Outre sa capacité de construction, le progrès technologique est un enjeu essentiel. « Le scenario NZE s’appuie sur une innovation bien plus rapide que ce qui a été fait par le passé », peut-on lire. « Environ la moitié des réductions des émissions nécessaires en 2050 dans le scénario NZE provient de technologies qui sont aujourd’hui au stade de prototype ou de démonstrateur »

« Le temps entre le premier prototype et son déploiement sur le marché pour des technologies, comme les batteries à électrolytes solides, les Small Modular Reactor (SMR), les navires propulsés à l’ammoniac et la capture direct (du CO2), est 20 % plus rapide que les développements technologiques passés et environ 40 % plus rapide que ce fut le cas pour le photovoltaïque », se réjouit l’AIE.

Neutralité technologique

Cette question des SMR, poussés par Emmanuel Macron dans son programme France 2030, répond à des nombreux défis posés à l’avenir : « Les petits réacteurs modulaires, pourraient offrir des délais de construction et d’approbation plus courts », estiment les experts. Ils pourraient aussi « élargir les opportunités pour l’énergie nucléaire au-delà de l’électricité, par exemple pour la production de chaleur et d’hydrogène ».

Deux jours après l’AIE, le 15 octobre, c’est l’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qui, à son tour, a publié un rapport en vue de la COP26. Intitulé « Science et technologie nucléaires pour l’adaptation au climat et la résilience« , il émet des recommandations visant à favoriser un prix du carbone, promouvoir des investissements bas carbone dans un cadre de neutralité technologique ou encore intégrer le nucléaire aux plans de relance et aux « Green Deal ». Pour le Directeur général Rafael Mariano Grossi, « alors que nous approchons de la COP26, il est temps de prendre des décisions fondées sur des faits et d’augmenter les investissements dans le nucléaire ».

Ludovic Dupin, Sfen. Crédit photo ©Shutterstock.

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