Le stockage géologique dans le monde - Sfen

Le stockage géologique dans le monde

Publié le 6 juillet 2021 - Mis à jour le 27 septembre 2021
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Le stockage géologique est reconnu à l’international comme la solution de référence destinée à gérer sur le long terme les déchets nucléaires de haute et de moyenne activité et à vie longue. Tour d’horizon des projets à l’international.

Le choix du stockage géologique repose sur la volonté de gérer les déchets nucléaires de façon sûre et pérenne pour ne pas laisser cette responsabilité aux générations futures, qui ne disposeront peut-être plus des compétences ou des moyens économiques pour le faire. Ce choix commun est le fruit de multiples études scientifiques à travers le monde depuis plusieurs décennies. En 1999, un rapport de l’Agence pour l’énergie nucléaire (AEN), une organisation intergouvernementale spécialisée de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), reconnaissait déjà le stockage géologique comme la meilleure solution. « Dans le passé, écrivait alors l’Agence, diverses solutions ont été étudiées qui n’étaient pas parfaitement satisfaisantes. En revanche, l’évacuation géologique remplit les critères de l’éthique, est techniquement réalisable et est jugée présenter de bonnes garanties de sécurité du public, de préservation contre des actes de malveillance et de protection de l’environnement, tant à long terme qu’à court terme [1] ».

Le stockage se trouvant sous plusieurs couches géologiques offre ainsi un environnement stable pendant des centaines de milliers d’années pour les colis de déchets les plus dangereux, c’est-à-dire de haute activité à vie longue (HAVL) et de moyenne activité à vie longue (MAVL). Rappelons que ces deux catégories représentent en France seulement 3 % des déchets radioactifs et proviennent du recyclage des assemblages de combustible usés.

Le projet français : Cigéo

Cigéo est le projet français de centre de stockage profond de déchets radioactifs. Les études géologiques sont réalisées au laboratoire souterrain de l’Andra depuis 2005, situé entre Bure dans la Meuse et Saudron en Haute-Marne. Le projet vise un début de construction en 2025, l’Andra étant actuelle- ment dans le processus d’autorisation auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). En 2016, l’Agence a remis un dossier d’options de sûreté à l’ASN qui a donné un avis positif sur les grands choix de sûreté du projet.

En août 2020, l’Andra a déposé auprès de l’État une demande de Déclaration d’utilité publique (DUP) et en 2021 le Dossier d’autorisation de création (DAC) sera déposé à l’ASN. Selon ce calendrier, l’exploitation de Cigéo débuterait en 2035.

L’Allemagne, les recherches d’un site de stockage en profondeur redémarrent

L’Allemagne classe ses déchets selon leur caractère exothermique, c’est-à-dire selon la chaleur qu’ils dégagent. Pour les déchets peu ou non exothermiques, équivalents aux déchets de très faible activité (TFA) et de moyenne activité (MA), l’Allemagne a fait l’expérience d’un stockage géologique dans d’anciennes mines dès les années 1960. Néanmoins les mines de sels d’Asse, en Basse- Saxe, se sont avérées inaptes au stockage des déchets. En effet, le haut degré d’exploitation a causé des problèmes de stabilité et d’infiltration d’eau et l’exploitation fut arrêtée en 1978. En 2013, il a été décidé de transférer les 126 000 colis dans des ouvrages du stockage souterrain en cours de construction sur le site de la mine de Konrad.

Concernant le stockage géologique des dé­chets de haute activité – l’équivalent de ceux qui seront traités à Cigéo –, l’Allemagne, qui a entériné la sortie du nucléaire en 2011, a relancé en 2018 ses recherches de sites. En septembre 2020, 90 zones ont été identifiées comme éligibles au projet. Alors que la Société fédérale de gestion des déchets radioactifs ou Bundesgesellschaft für Endlagerung (BGE),poursuit ses recherches afin d’affiner cette première sélection, une grande campagne d’information et de concertation publique a été lancée début 2021. Un site pourrait être choisi par le Parlement allemand en 2031 pour une mise en exploitation aux alentours de 2050, soit quinze ans après le projet français.

En 2018, l’Andra et le BGE ont signé un accord de partenariat : « Le BGE s’intéresse au développement par étapes et à l’organisation du projet français, a fait savoir l’Andra, ainsi qu’aux connaissances existantes sur le stockage en formation argileuse acquise no­tamment grâce à l’expérience scientifique et industrielle développée au sein du laboratoire souterrain que l’Andra exploite à Bure. Enfin, le BGE s’intéresse à la stratégie de commu­nication et de dialogue de l’Andra avec les parties prenantes autour du projet », détail­lait le communiqué de l’Agence française[2]. Un aspect essentiel pour ces projets pouvant inquiéter ou interroger les populations voi­sines des sites d’enfouissement.




La Suisse dans la phase finale de choix d’un site

La Suisse développe quant à elle un projet de stockage géologique depuis 2008. Après avoir identifié six sites d’accueil potentiels, la Nagra (Société coopérative nationale pour le stockage des déchets radioactifs), homo­logue suisse de l’Andra, poursuit depuis fin 2020 des études géologiques approfondies sur les trois sites les plus propices au projet. Elle prévoit d’annoncer en 2022 le site pour le­quel elle déposera, auprès du gouvernement, une demande d’autorisation de création de stockage.

La population suisse sera consul­tée sur le projet en 2030 pour une ouverture du site de stockage prévue en 2050. La Suisse dispose de deux installations de recherche souterraines : le laboratoire de Grimsel dans le granite, mis en service en 1984 et le labo­ratoire du Mont-Terri, dans l’argile, mis en service en 1996.

Finlande : le pays le plus avancé

En 2015-2016, le gouvernement puis l’autori­té de sûreté de Finlande (STUK) ont autorisé la construction d’un stockage géologique à Olkiluoto, dans une roche granitique, pour les combustibles usés. Posiva, l’Agence fin­landaise, a débuté les travaux de construction du stockage et des installations de condition­nement des colis de stockage. Aujourd’hui, en parallèle de ces travaux, Posiva prépare la demande d’autorisation d’exploitation du stockage pour permettre une mise en service de l’installation en 2024. La Finlande s’appuie depuis 2004 sur un laboratoire de recherche, à 400 mètres de profondeur, dans le prolon­gement duquel seront construits les ouvrages de stockage dédiés aux combustibles usés.

L’installation en construction est basée sur le concept de stockage définitif « KBS-3 » mis au point avec la Société suédoise de gestion du combustible et des déchets nucléaires (SKB). Le combustible usé est placé dans des conteneurs en cuivre étanches et résistants à la corrosion qui seront mis en place dans des puits peu profonds. Entre la roche (du granite) et les conteneurs, une barrière d’ar­gile gonflante complète le système de confi­nement des combustibles usés.

Le projet suédois : en attente du feu vert des autorités

En Suède, une demande d’autorisation de création d’un stockage géologique profond a été déposée en 2011 pour un stockage des combustibles usés dans le granite. Suite aux avis favorables de l’autorité de sûreté nucléaire (SSM) et de la Cour environnementale suédoise en 2018, le conseil municipal de la commune d’accueil du projet, Östhammar, a approuvé le stockage en octobre 2020.

La demande d’autorisation est néanmoins, à ce jour, suspendue à la décision finale du gouvernement suédois attendue pour cette année. Les travaux de recherche sont réalisés dans le laboratoire souterrain d’Aspö, de- puis 1995, au nord d’Oskarshamn, à environ 460 mètres de profondeur.


Japon, un stockage en profondeur à Hokkaido ?

Le Japon prévoit le stockage des déchets HA à au moins 300 mètres de profondeur et est actuellement à la recherche d’un site. En 2017, le ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie (METI) a publié une cartographie des zones d’accueil potentielles. En octobre 2020, deux communes de la préfecture d’Hokkaido se sont portées candidates, Suttsu et Kamoenai, pour que s’engagent des recherches préliminaires. L’organisation japonaise de gestion des déchets radioactifs (NUMO) prévoit une première sélection de sites potentiels d’ici 2025 et une mise en service du stockage d’ici à 2035.

Pour étudier les sols, le pays dispose de deux installations souterraines : le laboratoire d’Horonobe, sur l’île d’Hokkaido, pour étudier les roches sédimentaires à 500 mètres de profondeur et le laboratoire de Mizunami, sur l’île d’Honshu, pour étudier le granite à 1 000 mètres de profondeur.

Au Canada, les discussions avec les habitants se poursuivent

Depuis 2007, la Société de gestion des déchets nucléaires canadienne (NWMO) travaille sur un projet de stockage géologique de ses combustibles usés. En 2010, NWMO a engagé un programme pluriannuel de recherche de site basé sur une expression volontaire d’intérêt des communautés d’accueil du potentiel stockage géologique. Fin 2019, parmi les 22 communautés intéressées, deux expressions en faveur des sites en Ontario ont été sélectionnées sur des critères socio-économiques et géologiques pour la poursuite des études : la municipalité de South Bruce et le canton d’Ignace. « Le projet n’ira de l’avant que dans une région où la collectivité intéressée, les collectivités des Premières Nations et métisses et les collectivités environnantes collaborent à sa mise en oeuvre », précise la NWMO.

Les discussions avec les populations locales se poursuivent et ce parallèlement aux investigations géologiques, aux études préliminaires d’impact environnemental et de sûreté du projet. L’objectif est de retenir un des deux sites en 2023 pour la poursuite du projet et la préparation d’une demande d’autorisation de création du stockage en 2032 puis une mise en service en 2040.

De nombreux autres pays pourraient venir enrichir ce panorama : la Chine, la Russie, les États-Unis, l’Inde, le Royaume-Uni, etc. Néanmoins ces exemples montrent d’une part la maturité des études et d’autre part le consensus scientifique qui se dégage malgré des politiques énergétiques très diverses. Avec plusieurs décennies d’études et plu- sieurs laboratoires souterrains dans le monde, les agences de gestion des déchets disposent de données importantes pour mener à bien leur projet de stockage dans les meilleures conditions de sûreté.


AEN, « Où en est l’évacuation des déchets radioactifs en formations géologiques ? », 1999.

Communiqué de l’Andra, 17 juillet 2018.

Communiqué de l’Andra, 17 juillet 2018.


Par la rédaction Sfen avec le Service des relations internationales de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra). Photo © Adrien Daste / Andra – Galerie du laboratoire de recherche souterrain (Cigéo)

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